C'est un exercice bien périlleux que celui de la préquelle. Revenir à l'origine d'un univers que tout le monde connait sur le bout des doigts, respecter les desiderata des fanatiques hardcore (et par la même totalement intolérants) d'une mythologie qu'ils pensent leurs appartenir. George Lucas est passé par là avec toutes les contreverses que cela a engendré (pour notre part à frozentivi on apprécie sa prélogie), et c'est aujourd'hui Ridley Scott qui s'essaie à revisiter Alien, et qui essuie déjà un max de plâtre des "vrais fans d'alien".

Présenté dans un premier temps comme un classique Alien avant Alien (donc on doit s'attendre en gros au même monstre, au même environnement claustro, aux mêmes personnages, le tout X années avant...), le projet s'est vite transformé en un tout autre film de S.F. qui répond à sa manière au cahier des charges Alien, tout en racontant une autre histoire.

Alors oui il y a un androïde, une compagnie manipulatrice et des décors inspiré de Giger, mais peu (ou prou) de poursuites dans les coursives ou d'élagage au lance-flamme, Prometheus s'attache avant tout à raconter d'où viennent les aliens et surtout à s'interroger sur le pourquoi de leur création (et pas forcément à y répondre ce qui laissera sûrement une parti des spectateurs sur le carreau...).

Prometheus est splendide, les décors grandioses, la photo impec. Au contrario de la saga du xénomorphe vicieux où la pluie et le brouillard régnaient dans toutes les coursives, Prometheus propose des décors vastes et clairs, mais l'environnement n'en est pas moins hostile et on ne peut qu'apprécier la volonté du réalisateur de nous proposer autre chose que la tristounette vision qu'on avait de LV-426, un tas de caillou qui n'aura jamais la moindre étoile au Michelin.

On retrouve un personnage féminin en tête d'affiche. Bon, difficile de nous faire oublier Ripley (c'est d'ailleurs une tâche impossible), toutefois Noomi Rapace s'en sort bien dans son rôle de scientifique dépassée par les évênements. Et fruit confit sur le sorbet de glace, une deuxième on a aussi droit à Charlize Theron qui joue ici à la perfection la grande blonde froide, autoritaire et désagréable. Les autres personnages sont des représentants classiques de l'équipage d'un vaisseau spatial qui ne sont malheureusement pas assez développés pour qu'on s'attache à eux.

Et oui, on ne peut nier quelques défauts à un film qui aurait mérité d'être plus long. Les motivations de certains personnages sont passés à la trappe, et tout un pan de l'histoire semble n'avoir jamais quitté la salle de montage (pourquoi grimer - à coup de milliers de dollars - Guy Pearce en un vieillard alors qu'il y a sûrement à Hollywood une star à la retraite qui aurait pu jouer son personnage ?). Mais surtout, la musique est... curieuse. Les emprunts du compositeur à ces illustres prédécesseurs font mouche, ainsi que quelques énervements electro, mais le thème principal, oulah, il ne dénoterait presque pas dans un épisode de la petite maison dans la prairie... Du coup, pour un film de ce type, ça le fait pas trop.

Il n'est toutefois pas difficile de faire abstraction des ces quelques bévues, tant Prometheus est impressionnant. Ridley Scott réussit quand même l'exploit de faire plus fort que la scène mythique de la cantine (celle d'Alien hein, pas celle de Star Wars...) lors d'une démentielle opération chirurgicale qu'il serait criminel de dévoiler ici ; tous les spectateurs de la salle en étaient agraphés à leurs accoudoirs. Rien que pour ce passage sans concession il faut voir Prometheus !

Pour conclure, précisons une fois de plus que bien qu'elle ne soit pas laide, la 3D n'apporte rien au film, sinon des sous supplémentaires aux producteurs - et des pupilles joyeuses lors de la pub Haribo. Mais, pour ce dernier point, on commence à avoir l'habitude...

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